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Fourrages et sécheresse actuelle : quelles options ?

Le déficit actuel, marqué et persistant, de précipitations, se cumule aux effets des intempéries de ce printemps, et met à mal encore un peu plus des stocks tendus et de piètre qualité. De fait, les repousses d'herbe, habituellement disponibles en cette période, sont faibles voire absentes, quand elles n'ont pas subi la voracité des chenilles ces dernières semaines ...

Ce manque de fourrages était encore jusqu'à maintenant, faute d'humidité, peu compensable par des interventions culturales (semis ou regarnissage de prairies, implantation de dérobées). Mais il pleut cette fin de semaine ... Alors, quelles sont les options, malgré l'avancement de la saison ?

1- AJUSTER LA CONDUITE DU PÂTURAGE, POUR NE PAS COMPROMETTRE LA CAPACITE DE REPOUSSE DES PRAIRIES

Le manque d'eau persistant accroît le risque de surpâturage par pâturage trop ras : les repousses sont en effet plus lentes et difficiles, d'autant plus s'il manque des feuilles résiduelles pour la photosynthèse de redémarrage. Quand il fait sec, il importe donc de veiller à ne pas trop « tirer » sur les pâtures : en compromettant les repousses, la situation de manque s'aggrave en effet, et se prolonge jusqu'au retour de conditions climatiques plus favorables. 
L'affouragement, en complément de la pâture, peut donc s'avérer nécessaire, même si un faible volume de stock disponible freine, par réflexe, le recours à cette pratique. Les fourrages grossiers de ce printemps conviennent, au moins pour assurer le "lestage" alimentaire des animaux à faibles besoins. 
La pâture est possible tant que la végétation le permet encore, en prenant la précaution d'allonger les délais de retour et de ne pas laisser le bétail plus de 4 jours sur une même parcelle. En deçà de 4 cms de hauteur d'herbe, les animaux doivent impérativement être maintenus et affourragés, sur une seule parcelle "sacrifiée" ou au bâtiment. 
Dès le retour des pluies, la végétation des prairies ainsi préservées pourra redémarrer rapidement ; il sera alors sage, pour économiser les stocks, de prolonger la saison de pâturage le plus possible.

2- IMPLANTER DES COUVERTS (PÂTURABLES MAIS PAS QUE ...)

Les dérobées hivernales,à développement végétatif rapide, sont toujours bienvenus pour permettre de pâturer ou de reconstituer des stocks au printemps. Mais comme pour tout semis, le sol doit être suffisamment frais pour permettre la germination des graines introduites. Or, on avance en saison, ce qui devient moins favorable à  l'implantation des légumineuses et du colza, qui préfèrent les jours longs et ont besoin (au moins pour les légumineuses), d'avoir atteint le stade 3 feuilles trifoliées avant les 1ères gelées pour résister au froid.
Une implantation tardive pourra être sécurisée par un semis sous couvert de céréales.

Restent donc, pour un semis d'ici fin octobre sans trop de risque quant à la bonne levée et la couverture de la culture, le RGI et les céréales : 

  • le RGI, dans une optique d'utilisation mixte pâture et stock, est à choisir alternatif à cycle court, de préférence diploïde ; à associer, si semis ces jours-ci, à un trèfle annuel tolérant le froid (incarnat, pour le plus courant)
  • les céréales, cultivées en pur ou associées à des protéagineux, peuvent être récoltées (ensilage ou enrubannage) au printemps ; le fourrage est habituellement abondant et de qualité. Si les conditions en début d'année le permettent (et si pas de féverole), la pâture sera aussi possible, si besoin. Les mélanges les plus « classiques » sont à base de triticale, voire de seigle, céréales rustiques et productives servant de tuteur aux légumineuses, et de pois fourrager, avec éventuellement ajout de vesce (à limiter pour cause de risque de verse ; préférer l'espèce commune). L'apport d'avoine (d'hiver) est un plus pour l'appétence et le pouvoir couvrant, mais à limiter dans le mélange justement à cause de son pouvoir étouffant. 

3- REGARNIR SES PRAIRIES SI BESOIN (OU LES REFAIRE)

Une prairie grillée ou ravagée par les chenilles n'est pas forcément perdue, et peut repartir assez rapidement dès le retour des pluies. Aussi, un diagnostic préalable de la végétation est indispensable, afin d'intervenir à  bon escient.
Ainsi, après un épisode pluvieux, quand la prairie a bien reverdi (attendre 2 semaines), elle peut alors montrer, soit :

  • un gazon dense et régulier, majoritairement de bonnes espèces prairiales : même s'il est encore peu développé, il n'y a alors pas besoin d'intervenir
  • un gazon clairsemé ; un sursemis est à envisager, sa mise en oeuvre à réaliser rapidement (cf. article sur le regarnissage des prairies) 
  • être envahie maintenant par des espèces de peu d'intérêt, graminées médiocres et/ou adventices: la prairie sera à re-semer après destruction.

Il importe en tout cas, en 1er lieu, de faire un bilan fourrager, afin de préciser les besoins à couvrir et les mesures à prendre. Identifier les différents types de stocks déjà présents, et les compléter par une analyse de valeur alimentaire, facilitera les nécessaires ajustements des rations. 

Avec la participation financière du fonds européen FEADER.

Marie Claude MAREAUX
CHAMBRE D'AGRICULTURE 64
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mc.mareaux@pa.chambagri.fr